Sur le mur des anciennes écuries, un lierre serpentait paresseusement, clignant de la feuille vers la fenêtre d'où Siméon épiait le ciel. Parfois passaient un héron, quelques mésanges, une volée de moineaux, un nuage... Jamais le parfum de la Liberté.
   La présence des chevaux n'était qu'un lointain souvenir. Certains anciens, ou quelques autochtones éclairés, évoquaient les nobles montures au cours de rares conversations.
Siméon n'avait jamais connu cette époque. Certains soir, plus profonds que d'autres, il percevait l'odeur des écuries. Ce n'étaient que des sensations ancrées dans son inconscient, écho lointain d'un passé de ruralité bienheureuse. Ne trottaient en ces lieux que de rares ombres réveillées par le vent de nord-est qui se frotte aux collines.
   Le bruit des fers contre les pavés de la cour ne résonnait plus...
  La grille du porche, enchaînée gauchement et cadenassée, n'incitait plus les curieux. Le vieux pigeonnier n'avait plus de raison d'être et avait fini par s'ennuyer au fond de l'impasse.
   L'endroit se faisait oublier des hommes. Des hommes et de leur histoire.
   Seul le regard de Siméon se posait encore sur les briques martelées par le temps qui passe. Des briques rouges aux nuances si subtiles. Brunswick, Amarante, écrevisse, tomate, garance, Andrinople, Alizarine, Tomette, et combien d'autres encore... claires ou foncées, orangées ou feu, flammées ou brûlées...
   Enfermé dans cette coquille depuis trop longtemps, il pouvait presque les raconter toutes, avec leurs défauts, leur place, leurs voisines, les mousses, les joints de mortier à l'ancienne, les plantules héroïnes de la vie qui lutte, et surtout ce lierre qui naquit un jour de pluie de mars.
   C'était en... Siméon ne se souvenait plus.