La fenêtre était le seul point lumineux de la salle de bains, une sorte de lueur presque lugubre les soirs d'hiver. Siméon avait coupé le son de son poste de radio. Quelques nouvelles du Monde s'étaient fait psalmodier à l'heure où les aiguilles de la pendule marquaient le nord.

-Ouais !... Ça ne s'arrange pas !

Dehors, les plaintes du vent se faisaient encore plus glaciales. Le marronnier se courbait diplomatiquement aux sommations d’Éole. De temps à autre, un merle s'arrachait aux griffes des branches et s'abandonnait aux courants d'air.

Un petit frisson d'avril se glissa sous la chemise à carreaux de Siméon.

-Et si je me faisais un thé vert à la menthe ?

Une menthe à l'eau à l 'heure du thé ? De quoi faire douter à la vue d'un halo !

La petite casserole en inox flamboyant fit son office prestement . L'eau frissonna, elle aussi. Mais en chantant. Bientôt, le parfum de la boisson préférée envahit les narines accueillantes.

-Allez hop ! Moment de folie ! J'ajoute un demi-sucre !

La pendule de parquet se réveilla pour annoncer... Qu'importe ! Ses aiguilles étaient frappées d'incertitude depuis longtemps. Elle sonnait plusieurs fois dans la journée, jamais complètement, hésitant entre un hoquet et une série incomplète de battements étouffés.

-Toi non plus, tu ne sais plus où tu en es ?

Siméon avait toujours cette impression diffuse d'avoir un pied dans un autre monde. Pas le sien, ni celui d'un autre. Simplement dans autre chose, dans un ailleurs indéfinissable. Les quelques voisins qui le croisaient dans la galerie du centre commercial, n'osaient que rarement croiser son regard. Certains le saluaient discrètement, d'autres tentaient quelques mots.

Siméon répondait aux sourires, serrait des mains, esquissait une conversation, et s'esquivait rapidement. Il n'aimait pas cet endroit et le visitait le moins possible. Depuis longtemps, il avait dit adieu aux petits commerçants de son quartier. Ali était le dernier et survivait. Ils s'appréciaient en silences et en services. Leurs conversations ne s'animaient que sur le banc du petit square de la rue du moulin.

Personne ne savait pourquoi...